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 Le Nid du Corbeau

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Jody Holmes
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MessageSujet: Le Nid du Corbeau   Dim 2 Avr - 19:58

J’émerge d’un sommeil lourd, envahi de rêves qui se sont enchaînés les uns à la suite des autres. Des images me reviennent par flash alors que je m’habille : un débardeur blanc et ample ; un chat noir à la poursuite d’une carte de visite ; un jean slim ; une planche Ouija lévitant au-dessus du sol ; une paire de bottines montantes brun clair ; le grenier envahi de plantes grimpantes et autre végétation luxuriante... Bref. Je n’ai pas eu trop de flous en me réveillant ce matin, mon subconscient ayant pris soin de me récapituler tous les événements de la journée précédente... bien que dans un ordre étrange et un réalisme approximatif.
Il est 10h quand je me rends en bas pour prendre le petit-déjeuner, c’est-à-dire un café bien corsé. On a rendez-vous dans une demi-heure : on est large. J’enfile un petit gilet en dentelle en rejoignant la cuisine. Je ne trouve que Savannah, assise à table, buvant un jus d’orange ; son grand-père n’est pas dans les parages – sans doute en train de traire les vaches, ou quelque chose dans ce genre. Je m’annonce histoire de ne pas l’effrayer.
— Salut.
— Bonjour. Bien dormi ?
Je hausse les épaules. Vaut mieux pas que j’aborde le sujet de mes « rêves ».
— Et toi ?
— Beaucoup mieux que les nuits que j'ai passées le reste de la semaine.
Elle marque un point ! Je me sers du café dans une tasse propre, trouvée sur le plan de travail. Génial. J’ai besoin de me réveiller.
— Tu sais quelles questions lui poser, à Severina ?
Je m’installe à sa droite alors qu’elle se retient de rire. Quoi ?
Selina, me corrige-t-elle. T’inquiète pas, je me chargerai de faire la conversation.
Oh, c’est pas ça qui m’inquiète. Entretenir une conversation, c’est facile. Parler fantômes, voix venant du « Monde du Milieu » et tenir un discours cohérent, c’est déjà moins dans mes cordes ! J’hésite à lui parler de sa soirée, mais j’ai peur de raviver les souvenirs de tout ce qu’elle a appris hier... Inutile de tenter le Diable.
Nous terminons nos boissons et ne tardons pas à nous mettre en route. Évidemment, c’est Savannah qui s’installe derrière le volant – un peu parce que c’est sa voiture, surtout parce qu’elle a peur de ma façon de conduire. La boutique est à environ dix-minutes, au milieu du village le plus proche. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai une impression bizarre. Pas de « malaise » à proprement parlé, plutôt une sorte de sensation étrange, comme quand on croit qu’on nous observe dans la rue... J’aime pas ça du tout. Les voyeurs ont rarement de bonnes intentions.
Nos portières claquent. On a trouvé une place juste devant le commerce, sans aucun mal puisque dans cette rue, il n’y a pas âme qui vive... pour les autres, j’en sais trop rien. Je remonte mes lunettes pour observer un instant la vitrine. Des cartes de tarots, cristaux, bougies, et livres sont disposés en bas ; j’observe alors les petites statues, amulettes, pendules et fleurs de lotus décorant les présentoirs ; enfin, un attrape-rêves et divers colliers colorés descendent du plafond pour achever sublimer le tableau. Je suis déçue qu’on ne soit pas accueillies par une pancarte « Bienvenue chez les dingues ».
Comme Savannah entre, je la suis et referme la porte derrière nous, faisant tinter à nouveau une petite clochette – charmant. Une odeur d’encens flotte dans l’air, mais il m’est impossible d’en déterminer le parfum. Le reste de la boutique ressemble beaucoup à la vitrine, mais dans des quantités qui me rappellent le grenier de notre « maison de campagne ». Installée derrière le comptoir, une femme à peine plus âgée que nous semble occupée à... non, aucune idée. Brune aux cheveux mi longs, le visage carré et maquillée d’un seul trait d’eyeliner sur les paupières, elle semble concentrée sur sa tâche. Mon accompagnatrice ne perd pas de temps, s’approchant de la jeune femme en lui tendant la main, un sourire sur les lèvres :
— Bonjour. Savannah Lloyd. On s’est parlé hier au téléphone.
Levant les yeux, la nana referme une petite boîte avant de répondre à Savannah, ainsi qu’à sa poignée de main.
— Enchantée, Violet Evergreen. Et vous êtes... deux ?
Elle m’adresse un regard interrogateur et je m’oblige à ne pas le prendre mal.
— Jody Holmes. Je ne fais que l’accompagner.
Elle nous dévisage tour à tour, puis pousse un petit soupir.
— Très bien. Je vais dire à ma grand-mère que vous êtes arrivées.
Mais avant qu’elle ne puisse s’éclipser, une dame au regard perçant sort de l’arrière-boutique. Ses yeux se posent sur chacune de nous avant qu’elle ne fixe mon guide, avec un léger sourire.
— Savannah... Quelle bonne surprise. Ruth m’a beaucoup parlé de toi.
Elle se dirige alors vers elle et prend sa main dans les siennes, visiblement très touchée par cette rencontre. Croisant les bras, je m’appuie légèrement contre le comptoir, mais me ravise face aux menaces que me lance Violet à travers ses pupilles.
— Enchantée, répond Savannah avec un petit air gêné qui lui va comme un gant. Et voici mon amie, Jody.
La dame me scrute longuement, et finit par hocher la tête.
— Hm, oui. Je vois.
C’est plutôt bon signe pour une voyante, non ?

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Savannah Lloyd
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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Dim 2 Avr - 22:32

Mes pupilles parcourent Selina Evergreen tandis que cette dernière continue de scruter Jody. Elle ressemble beaucoup à ma grand-mère, excepté que ses yeux sont d’un bleu polaire. Ses longs cheveux poivre et sel sont attachés en une queue de cheval basse qui lui caresse le dos. Enfin, son regard se détache de la rouquine pour se reposer sur moi.
— Je vous sers à boire ? Thé ? Café ?
— Un thé pour moi, merci, réponds-je.
— Un café, avec plaisir, dit Jody.
— Vi, tu veux bien t’en occuper ? demande-t-elle ensuite à sa petite fille.
— Bien sûr, fait celle-ci avant de disparaître dans l’arrière-boutique, dissimulée par un rideau pourpre épais.
— Suivez-moi, nous allons nous installer dans le salon.
C’est à notre tour de traverser... le voile. Dans le genre Narnia, mais en mode ésotérique ! Nous marchons dans un petit couloir et Selina nous mène dans une pièce chaleureuse aux murs décorés de portraits de famille, de peintures abstraites et de petites statuettes de femmes. Un sofa et un fauteuil anciens se font face au milieu de la pièce, séparés par une petite table en verre. Il y a un bureau (qui date visiblement des années 50) sous une fenêtre, contre le mur en face de nous. La montre qui surplombe la bibliothèque est en forme de soleil d’un côté et de lune de l’autre. La voyante désigne le canapé d’un geste de la main et Jody et moi nous y asseyons. Elle prend place sur le fauteuil et je remarque que ses épaules se secouent doucement alors qu’elle nous observe avec un petit sourire malicieux. Je jette un coup d’œil à mon accompagnatrice, qui a croisé les doigts sur ses genoux. Elle ne semble plus très sûre d’elle, tout à coup.
— Pourquoi riez-vous ?
Oups... La question est sortie toute seule. Quoi ? Je n’aime pas qu’on se moque de moi !
— Parce que j’attendais votre venue... Désolée, je sais que ça n’a rien de drôle pour vous.
Je tourne la tête de côté pour échanger un regard avec Jody mais celle-ci se contente de hausser les sourcils, comme pour confirmer les dires de la voyante.
— J’ai tellement de questions à vous poser que je... je ne sais pas par quoi commencer, reprends-je.
— Détendez-vous, je ne mords pas, répond-elle, me prenant au dépourvu.
C’est alors que je me rends compte que je respire à peine, tellement je suis nerveuse. Mon T-shirt et mon short me paraissent incroyablement serrés et je suis obnubilée par mes cuisses, qui, collées l’une contre l’autre, commencent à transpirer. Je croise les jambes et avale ma salive pour me donner une contenance.
— Alors, euh... Comment connaissez-vous ma grand-mère ?
— Nous sommes de vieilles amies. Ruth m’a tout appris.
— C’est vrai ?
Selina hoche la tête avec ce qui me semble être... de la fierté ?
— C’était une enseignante hors du commun. Patiente et douée pour transmettre son savoir.
Elle se lève pour aller chercher un cadre qui trône sur une des étagères et le pose sur la petite table entre nous. Je me penche pour observer le vieux cliché en noir et blanc. Il s’agit d’un groupe de femmes qui se tiennent debout devant l’objectif, bras dessus, bras dessous : toutes paraissent entre 40 et 75 ans. Ma grand-mère se trouve au milieu et semble en plein fou rire. Il paraît que c’est d’elle que je tiens mon sourire. Enfin, ce n’est pas tout ce qu’elle m’a transmis...
— Je crois que... Que je me souviens de vous.
Je m’en rends compte au moment où les mots passent mes lèvres. Selina hoche la tête.
— Je me souviens aussi de toi. Tu étais une petite fille espiègle et pleine d’énergie.
Son sourire est contagieux. Même si ma grand-mère me manque terriblement, discuter avec cette femme qui la connaissait me met du baume au cœur. Cependant, nous ne sommes pas là pour parler de la pluie et du beau temps ! Passons aux choses sérieuses.
— Vous avez dit que vous étiez au courant que nous allions venir... Mais est-ce que vous savez pourquoi ?
Violet choisit ce moment chargé de mystère pour nous apporter nos boissons, qu’elle dépose devant nous.
— Merci, ma chérie.
Contrairement à ce que je pensais, la jeune femme ne nous quitte pas mais s’installe sur une chaise, près du bureau, à côté de sa grand-mère... et nous passe en revue, Jody et moi, l’air intrigué. J’ai la fâcheuse impression d’être sous un microscope.
— Vous ne comprenez pas ce qu’il vous arrive, répond enfin Mme Evergreen avec une moue compatissante.
C’est le moins qu’on puisse dire. Jody arbore le même sourire pincé que moi. Quel suspense !
— Et vous allez pouvoir nous l’expliquer ?
— Je vais faire de mon mieux. Vi, tu veux bien me passer mon grimoire ?
Je rêve pas, elle a bien dit « grimoire »...? La jeune femme s’exécute, visiblement habituée aux demandes de sa grand-mère, et lui tend un gros livre en cuir noir. Il contient tellement de pages qu’on dirait qu’il va exploser. Selina saisit les petites lunettes rondes qui pendent sur sa poitrine et les place sur son nez avant d’ouvrir... son grimoire. Oui, tu as bien entendu ! Elle l’ouvre et le retourne pour que Jody et moi puissions observer le dessin qui orne une page. Il s’agit d’un cercle avec un croissant de lune à gauche et à droite, tous deux faisant face à l’extérieur.
— Connaissez-vous le symbole de la Triple Déesse ?

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Jody Holmes
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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Lun 3 Avr - 0:20

Je chasse de mon esprit toutes les remarques désobligeantes qui le traversent depuis qu’on est entrées dans la boutique – on sait jamais, pas que Savannah me balance ! –, mais ça devient compliqué. Un grimoire, sérieux ? Genre, comme celui des sœurs Halliwell ? Pfff. Je fixe le croquis avec attention, puis me redresse, reprenant ainsi mes distances avec son cahier de textes.
— Je l’ai déjà vu. Sans plus.
Inutile de lui préciser que je l’ai entraperçu sur des sites de voyances...
— Pareil pour moi.
Désignant le croissant de gauche, le cercle, puis celui de droite, Selina explique :
— Il représente les trois phases de la lune. Vous devez savoir que la lune est liée à la féminité et à nos cycles.
D’accord. Et c’est quoi le rapport avec la merde qui nous est arriv... J’inspire et expire lentement afin de décompresser. Du calme, je vais tenir le coup, ça va aller. Je vais boire mon café, en attendant !
— La lune est donc l’emblème des femmes, et le soleil celui des hommes, représenté par le Dieu Cornu.
Elle désigne un autre dessin représentant un autre cercle, sauf qu’il n’est accompagné que d’un croissant, sur le dessus. Comme des cornes, quoi. Vous suivez ? Bien. Où ça nous mène ? Bonne question.
— Il y a très, très longtemps, nos sociétés n'étaient pas patriarcales, mais matriarcales. Les femmes étaient même considérées comme des divinités de par leur pouvoir de donner la vie.
Alors ça, ça m’étonne pas ! D’ailleurs, je me demande bien ce qui a tout foutu en l’air...
— À cause de sa nature lunaire, poursuit-elle, la femme est intimement connectée à Mère Nature, ou à la « Déesse », telle qu'on l'appelle parfois.
Je repose ma tasse et croise les bras, impatiente de comprendre pourquoi elle nous explique les origines du monde.
— Les femmes étaient les gardiennes du savoir ancestral, des guérisseuses, des shamans. Pensez à toutes ces histoires pour enfants où le personnage principal se voit confronté à une vieille femme. C'est ce qu'on appelle un archétype. Nous les utilisons pour définir nos rôles dans la société. Il y a celui du héros, celui de la princesse, celui de l’enfant et celui... de la sorcière.
Mon cerveau bute sur le dernier mot. J’vous avais pas dit que ce grimoire n’était pas de bon augure ?! Qu’est-ce que c’est que ce délire... Au mieux c’est une caméra cachée, au pire... elle nous envoie à Poudlard.
— Ce dernier, qui était positif au temps de la matriarchie, est devenu négatif lorsque les hommes ont pris le pouvoir. La guérisseuse est devenue la tentatrice, la harpie.
Elle désigne un tableau derrière elle, représentant une femme aux longs cheveux roux, marchant dans une forêt.
— Lilith, dans la Bible.
Ouais, enfin dans Supernatural, Lilith est pas hyper amicale non plus...
— D’où est venu ce changement ? l’interrompt Savannah. Pourquoi les femmes ont-elles perdu le pouvoir ?
Selina hausse les épaules avec un léger sourire.
— Nous ne savons pas exactement ce qu'il s'est passé, mais peut-être qu'ils ont fini par en avoir assez de ne servir qu'à la reproduction...
— D’accord. Et donc, pour en revenir à nous...
Je n’achève pas ma phrase, l’incitant à continuer à ma place. On va pas y passer la journée, non plus !
— Il faut que vous entendiez toute l'histoire, me répond Violet. Sinon, ça n'aura aucun sens pour vous.
Ah, si. J’espère qu’on aura droit à des pauses pipi ! Je me renfrogne et croise les jambes, puis imagine Francky me parler de « posture de défense ». Dans ma vision, je me vois aussi lui casser les dents. Selina me ramène à la réalité – du moins, à la sienne :
— Il y a un déséquilibre flagrant entre l'énergie féminine et l'énergie masculine sur Terre, depuis de nombreuses décennies. La première a été étouffée, comprimée, presque annihilée... Des violences sont faites aux femmes chaque jour, partout dans le monde. Mais la Nature tente toujours de rétablir l'équilibre, n'est-ce pas ?
Bien sûr. Selina et sa petite-fille échangent un regard, après quoi l’ancienne conclut :
— La Déesse vous a choisies pour cela.
Ok. C’est parti pour la Voie 9 ¾ !
— Pardon ? réagit Savannah.
Personnellement, je me contente de pincer l’arête de mon nez, histoire de réfléchir.
— En quoi... nous faire entendre des voix... peut aider la Nature ?
J’ouvre à nouveau les yeux, étonnée par ma propre capacité de logique dans un moment pareil.
— Nous sommes à une époque charnière : il est temps que le monde des esprits soit reconnu et non plus ignoré ou bafoué. Je vous ai dit que les femmes sont spirituelles par nature – certaines le sont plus que d'autres. Vous êtes toutes les deux nées avec un don. Celui d'entrer en contact avec le monde invisible.
— Pourquoi nous ? s’inquiète Savannah. Et pourquoi est-ce que notre Lien avec l'autre monde s'est intensifié depuis notre rencontre ? D'ailleurs, Jody était normale, avant. Pas vrai ?
Du point de vue de mon psy ou...? Comme je capte son regard braqué sur moi, je déglutis difficilement en acquiesçant. Je crève de chaud.
— En effet. C’est depuis que je la connais que...
Que ma vie est un cauchemar.
— Parce que vous êtes comme des aimants, explique Violet. Alors, vous allez devoir faire équipe, que vous le vouliez ou non.
— Oui, confirme sa grand-mère, c’est un peu ça. Le pouvoir de l'une attise le pouvoir de l'autre.
Je ferme les yeux une seconde, tentant d’effacer de ma mémoire centrale les dernières informations que je viens d’entendre. Échec. Je décroise mes bras, m’étire paresseusement, puis soupire.
— Allez, je crois que ça suffit pour aujourd’hui !
Et tous les jours à venir. Je me lève et m’adresse à nos hôtes, débitant malgré moi un flot de paroles :
— Merci de nous avoir reçues, ce fut très instructif ! (Puis, me tournant vers Savannah.) Je vais prendre un taxi, récupérer mes affaires chez ton grand-père et rentrer chez moi.
La confusion se lit sur ses traits.
— Quoi...? Mais on vient à peine d'arriver...
Selina se lève à son tour pour, évidement, tenter de me retenir :
— J'organise un cercle de femmes ce soir, ici même. Nous serions honorées que vous vous joigniez à nous.
Je n’ai pas la moindre idée de ce dont elle parle, mais je me contente de me forcer à sourire.
— Désolée, mais tout ça... C’est pas moi.
Avant qu’elle ne s’interpose, je me dirige à nouveau vers le couloir mais me retourne à la dernière seconde pour ajouter :
— Merci d’avoir essayé, Sav’.
Après quoi je quitte la pièce et ses occupantes. Mes pas me ramènent à la sortie avec hâte. Donc, si je récapitule, je n’ai plus qu’à rayer le mot « Bienvenue » sur ma pancarte imaginaire, ce qui ne nous donne plus que « Bienvenue chez les dingues ».

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Savannah Lloyd
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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Lun 3 Avr - 11:52

La dernière phrase de Jody me laisse sans voix. Je n’arrive pas à croire qu’elle se soit... Qu’elle m’ait abandonnée comme ça ! Après tout ce chemin, alors qu’on commençait enfin à obtenir des réponses... La vérité est difficile à entendre. Oui, mais de là à tout nier en bloc... Je lâche un soupir et essuie mes mains moites sur mon short, me retournant vers les Evergreen et me sentant très... bête. J’ai envie de dire quelque chose, de m’excuser ou plutôt l’excuser, mais ma bouche est sèche et le souffle me manque. J’avale ma salive et parviens enfin à articuler :
— Elle ne croit pas à... tout ça.
— C’est compréhensible, me rassure Selina en posant une main chaude sur mon épaule. La plupart des gens ignorent leur vraie nature ou refusent de se rendre à l’évidence.
— Le Lien ne va pas faiblir pour autant, fait remarquer Violet, dont les yeux brillent d’une lueur étrange. Au contraire, il va s’amplifier.
— Violet...
La voyante toise sa petite-fille du regard, lui intimant le silence. Et heureusement. Car je suis sur le point de faire une indigestion d’informations.
— Viens ce soir, Savannah. Nous nous retrouvons à 21h. Les villageoises souhaitent vraiment faire ta rencontre.
Je déglutis à nouveau avant de poser mon regard sur la vieille femme. Visiblement, elle n’a pas attendu mon autorisation pour informer les autres femmes de ma présence. Et rien que par esprit de contradiction, j’ai envie de lui dire non. Mais plutôt que de prendre le risque de déclencher un débat, je refocalise mon attention sur Jody.
— Il faut que je l’empêche de partir, elle ne peut pas juste...
— Laisse faire les choses, m’interrompt-elle d’une voix douce. Rien n’arrive sans raison.
Confuse, irritée et déçue, j’expire longuement avant de me forcer à sourire.
— Merci beaucoup de nous avoir reçues. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps...
Avant qu’elle ne puisse me retenir, je me précipite vers la sortie, traverse la petite boutique où flânent deux clients âgés, et retrouve « l’autre Royaume » avec soulagement. Le soleil m’aveugle tandis que je scrute les environs dans l’espoir d’apercevoir une crinière flamboyante. Elle a bel et bien pris la fuite. Et d’un coup, la déception fait place à l’énervement. Je ne sais pas comment elle va trouver un taxi dans ce coin paumé, mais tant pis pour elle !
Plutôt que de prendre la voiture pour rentrer chez mon grand-père - je n’ai absolument pas envie de confronter la lâcheuse, au risque de vraiment m’emporter - je me rends dans un petit café au coin de la rue et passe mes nerfs sur... ma mère, au téléphone. Cette traîtresse était déjà au courant pour ma grand-mère ! Je n’arrive pas à croire qu’elle ne m’ait rien dit. Son prétexte ? Avoir voulu « me protéger ». Je lui raccroche au nez. Et les larmes sortent toutes seules. Je tourne la tête vers la fenêtre afin que les autres clients ne s’aperçoivent pas de ma crise et essuie l’eau salée sur mes joues du revers de la main. Il arrive que les larmes soient coriaces... et qu’une fois qu’on a ouvert la valve, il soit impossible de la refermer tout de suite. Alors je les laisse couler pendant un petit moment, sanglotant dans mon café crème. Et malgré la situation qui me paraît plus désespérée que jamais, ce débordement me fait du bien. Il fallait relâcher la pression. C’est vrai que j’ai l’impression de retenir mon souffle depuis que nous sommes arrivées en Pennsylvanie. « Laisse faire les choses » m’a dit Selina... Elle a raison. J’ai beau me battre et me débattre, ce qui doit arriver arrivera. Et je continuerai à chercher des réponses, avec ou sans Jody Holmes.

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Jody Holmes
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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Lun 3 Avr - 15:26

Toute cette histoire m’a filé un mal de crâne pas possible. Le conducteur du taxi – un bon vivant d’une quarantaine d’années, tout au plus – suit mes indications pour retourner à la ferme familiale, puisque je ne connais pas l’adresse. Ce n’est qu’une fois arrivés qu’il s’exclame comme une évidence :
— Ah, vous vouliez aller chez Ethan !
Je lui jette un regard par l’intermédiaire du rétroviseur, puis détache ma ceinture. Si tu le dis.
— J’en ai pas pour longtemps. Coupez le moteur.
— N’y comptez pas, ma p’tite dame.
Je roule des yeux.
— Et la pollution, bor...
Je retiens mon juron de justesse. Depuis quand je fais attention à ce genre de trucs ? Elle m’a vraiment fait un lavage de cerveau, la vieille !
— Faites c’que vous voulez, je grogne entre mes dents serrées.
Je sors de la voiture et me mets à pri... espérer que la maison soit ouverte. J’ai aucune idée de l’endroit où je pourrais trouver ce cher Ethan. Je rejoins le perron et enclenche la poignée, qui cède immédiatement. Ces gens ne ferment jamais à clé. Ils sont tous fous, ici.
Je ne perds pas mon temps et rejoins l’étage immédiatement ; il faut que je me barre avant que Savannah n’ait la brillante idée de me rejoindre. Déjà que j’ai perdu un bon quart d’heure à attendre ce fichu taxi... Heureusement que j’étais à l’angle d’une rue adjacente ; elle m’a suivie de près ! Je gagne ma chambre et récupère mes quelques fringues laissées dans la salle de bain. Ce n’est qu’en revenant sur mes pas que je découvre le chat noir de la veille, assis à côté de ma valise, sur mon lit. Il me fixe avec cet air supérieur qu’ont tous les félins et je vous jure qu’il me juge.
— Si t’es pas là pour m’aider, tu peux t’en aller.
Je m’approche afin de jeter mes vêtements par-dessus mon ordinateur, et fouille le reste de la pièce sous son regard inquisiteur. J’ajoute mes chaussures de ville et ma pince à cheveux à mon bagage, alors qu’il se met à battre le drap de l’extrémité de sa queue.
— Méfie-toi, j’emmènerais bien un casse-croûte pour la route.
Et me voilà en train de faire la conversation à un matou ! Finissant mon rangement, je ferme la valise et quitte la chambre sans plus le regarder. Je descends les escaliers grinçants avec précaution – et surtout, en espérant ne pas passer au travers –, puis je fais halte au rez-de-chaussée. Je tâte mes poches ; j’ai mon téléphone, mes clés dans mon sac à main laissé... là. Je le récupère sur la rambarde où je l’ai abandonné en montant. Cette fois, je crois que je suis prête ! J’enfile mes lunettes de soleil et sors de la maison en refermant derrière moi. Le taxi est toujours là, mais le contact est coupé. Un sourire naît sur mes lèvres, mais je le fais disparaître aussitôt. Non mais... Je rejoins le véhicule et le chauffeur en sort pour hisser ma valise dans le coffre.
— On va où, ma p’tite dame ?
— À la gare la plus proche.
Et si tu continues à m’appeler comme ça, je te fais avaler ton levier de vitesse. Je prends place à l’arrière et me débarrasse de mon sac avant de remettre ma ceinture. Le monsieur joufflu et tout sourire prend son temps pour se réinstaller derrière son volant. Je me garde de tout commentaire, me contentant de fulminer tout à l’intérieur. Il démarre et commence à quitter la propriété. Ok, plus il s’éloignera, plus j’aurai de chance de ne pas croiser...
— ATTENTION ! je crie en me penchant.
Effrayé, le conducteur pile soudain, et j’encaisse le choc en me retenant aux deux sièges avant. Le souffle court, il parcourt le parebrise du regard tandis que je soupire de soulagement.
— Qu... Qu’est-ce que...
— Le chat ! Vous avez failli l’écraser !
Il fronce ses sourcils épais et passe ses doigts sur sa petite moustache, certainement de nervosité.
— Un chat ? Où ça ?
Je fixe le félin assis au milieu de la route, droit devant nous. Eh merde... Je savais qu’il pouvait pas toquer à ma porte... Je passe une main sur mon visage, mais il est toujours là quand je relève le regard. Je prends sur moi et marmonne :
— Nulle part. Il est parti.
C’est une hallucination. Il ne va pas lui faire de mal. Mais alors que le chauffeur reprend la route, l’animal disparaît sous mes yeux, comme pour échapper à l’impact avec la voiture. Tout ceci n’est pas réel... Refusant d’y penser une seconde de plus, j’essaie de me concentrer sur ce que j’ai de plus concret dans la vie, à savoir : mon travail.
C’est ça, réfléchis.
Comment je pourrais poursuivre mon activité après... tout ça ?
Mais tu n’y crois pas, n’est-ce pas ?
Bien sûr que non ! Ce n’est qu’un tissu de mensonges, des rumeurs, légendes et autres folklores assemblés jusqu’à former des histoires tangibles. Ça peut être que ça !
Alors tu n’as pas à avoir de remords.
Sauf que j’entends toujours des voix. Comment je vais pouvoir bosser dans de pareilles conditions ?
Et ça ne risque pas de s’arranger, si tu continues à fuir.
Je masse mes tempes afin de faire taire cette voix, bien qu’elle ne ressemble en rien à celles que j’ai déjà entendues jusqu’à présent. Elle paraît bien plus calme, posée, sereine, claire et proche. Comme si elle était... J’ouvre les yeux et détourne mon attention sur la banquette à côté de moi. Le chat est là. Me contenant pour ne pas céder à la panique, je plaque ma paume sur ma bouche et accorde un regard au chauffeur, absorbé par sa conduite. C’est pas vrai !
J’ai bien peur que ça ne s’arrange pas tout seul. Alors si tu veux bien dire à Joe de s’arrêter...
Pardon ? Nan mais, pour qui il se prend ce... chat d’gouttière invisible ?!
Je t’entends, tu sais.
Inspirant profondément, je regarde le paysage qui défile devant ma vitre, ce qui finit par me donner la nausée. J’aurais pas dû boire ce café... Elle m’a peut-être droguée !
C’est ça. Allez, demande-lui de faire demi-tour.
— Hors de question !
J’échange un regard inquiet avec le chauffeur et passe une main dans mes cheveux.
— Tout va bien, ma p’tite dame ?
— ARRÊTEZ de m’appeler comme ça !
Je me retiens d’arracher ma crinière. Je prends ma tête dans mes mains pour me ressaisir.
— Désolée. On est bientôt arrivés ?
Il hoche la tête de haut en bas, sûrement aussi craintif que je le suis en réalité. Qu’est-ce qu’il m’arrive, bon sang ?!
— D’ici deux minutes, ma...demoiselle.
Je pousse un profond soupir. Oui, ça va aller, je vais aller à la gare, et... Tu veux dire « si tu l’atteins »... Je relève mon regard sur le conducteur qui me fixe d’un œil mauvais dans le rétroviseur : la voix d’outre-tombe venait de lui. Non, pas ce genre d’hallucination. Pitié...
Il faut que tu sortes de là avant de devenir folle, reprend le chat.
Sans déconner, « reprend le chat » ? J’essaie de me calmer, mais mon rythme cardiaque ne paraît pas d’accord. Je panique, et mes paupières se ferment pour me couper du monde alors que la voix du chauffeur continue de me parler. Je suis prostrée sur moi-même, les bras croisés sous ma poitrine et le corps secoué de sanglots muets. C’est un cauchemar...
— Mademoiselle ?! S’il vous plaît ?! Réveillez-vous !
J’ouvre les yeux. Il s’est stationné et est sorti du taxi sans que je m’en rende compte, et les regards désespérés qu’il m’adresse m’indiquent qu’il me secoue depuis un moment...
— On est à la gare ?
— Pas loin. Mais j’pouvais pas aller plus loin, vous hurliez ! Vous avez fait un genre de crise ?
J’acquiesce en silence, sûre de pas vouloir m’étendre sur le sujet.
— Vous êtes pas en état de voyager seule...
Il n’a pas tort.
Je détourne mon attention vers l'avant : le chat a pris la place du conducteur et me regarde, la tête penchée entre les deux sièges. Je crois que je vais vomir.
— Vous voulez que je vous ramène ?
Je passe mes doigts sous mes yeux pour essuyer mes larmes et joues humides. Peut-être qu’il n’est pas encore temps de jouer les héroïnes...

Après avoir payé le trajet avec un petit supplément (pour la frayeur), je me détourne pour extirper mon portable de ma poche. J’ai l’impression que ma tête va exploser. Je retire mon gilet que je noue autour de ma taille, puis attrape ma valise et compose le numéro de Savannah. Ça sonne. Longtemps. Je m’apprête à lâcher l’affaire quand j’entends un petit « clic ».
— ... Allô, finit-elle par dire.
— Je sais que j’aurais pas dû réagir comme ça, mais c’était plus fort que moi, ok ? Ça me dépasse ! J’ai jamais été confrontée à ça avant le mois dernier et je... j’arrive pas à m’y faire.
Je marche doucement sur le chemin de gravier, mais ne rate pas sa longue inspiration, malgré le bruit des roulettes.
— Où est-ce que tu es, là ?
— Devant chez ton grand-père.
Enfin, d’ici quelques mètres.
— Ok. Attends deux minutes.
On raccroche en même temps. Le temps pour elle de venir m’ouvrir, j’arrive sur le perron. Elle a l’air las, et je ne le suis pas moins.
— Désolée.
Je ne le suis pas vraiment, sûrement parce que j’avais toutes les raisons du monde de flipper... mais j’imagine que c’est de circonstance.
— Entre, m’invite-t-elle platement.
Je m’exécute sans entrain, et elle poursuit sur un ton neutre, sans me regarder :
— Où est-ce que t’étais passée ?
— J’ai... essayé de rentrer. Mais apparemment, « ça » ne veut pas que je parte.
Je ricane nerveusement en retirant mes lunettes de soleil, dévoilant mes yeux rougis.
— Dis-moi... Est-ce que tu vois quelque chose d’anormal, là ?
Savannah lance un regard inquiet autour de nous, puis hausse les épaules.
— Je ne crois pas, non... Ça va ?
Je pince mes lèvres en un sourire forcé, et acquiesce d’un hochement de tête.
— Tout baigne. J’ai juste adopté un chat invisible...

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Savannah Lloyd
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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Lun 3 Avr - 21:49

Je jette un nouveau coup d’œil dans le couloir, m’attendant presque à voir apparaître le chat souriant d’Alice au pays des Merveilles. Mais... Rien. Décidément, les esprits ont réellement décidé de s’amuser avec leur nouveau jouet ! Je ne vais pas me plaindre... ça me donne un peu de répit.
— Ok... (Posant mes mains sur mes hanches, je tergiverse un instant avant de suggérer.) Tu veux aller te balader ? Je pense qu’on ferait mieux de prendre l’air.
Elle acquiesce si vivement que j’ai l’impression d’avoir proposé de l’eau à une assoiffée.
— Je vais juste déposer ça à l'étage... ajoute-t-elle en désignant sa valise. Je te rejoins.
— Fais attention à ne pas trébucher sur la queue du chat, en montant les escaliers.
C’est méchant, je sais. Mais j’ai pas pu m’en empêcher ! La rouquine me renvoie un regard peu amène. Puis, baissant les yeux vers... le félin invisible sur le plancher, elle le menace du doigt :
— Pas bouger.
Je continue mon chemin pour rejoindre la cuisine tandis que Jody grimpe à l’étage. Je n’ai toujours pas vu Grand-Papa depuis ce matin, quand il m’a dit qu’il allait aider un ami à réparer son abri de jardin. Vu la lenteur avec laquelle il a changé nos draps, hier, j’imagine que ses réparations risquent de lui prendre toute la journée. J’ouvre le frigo en me sentant coupable de lui voler deux bières, mais ma culpabilité s’envole aussitôt : il y en a au moins une vingtaine ! Deux de plus, deux de moins... Je trouve un décapsuleur dans un tiroir et m’occupe des bouteilles. Et si Jody n’en veut pas ? Si j'en crois son enthousiasme hier quand mon grand-père lui en a proposé une, j’en doute fortement ! Et puis, vu que mon Lien fait déjà des siennes, ce n’est pas une boisson à 6% de teneur en alcool qui va empirer quoi que ce soit, pas vrai ? Des bruits de pas me parviennent depuis l’entrée et Jody refait son apparition au bout du couloir. Je lui tends l’autre bière sans rien dire. Elle la prend sans attendre, avale plusieurs gorgées au goulot, puis me remercie du bout des lèvres. Je vous avais bien dit qu’elle refuserait pas !
— Dis... Il est quelle de couleur, le chat qui te suit ?
— Noir, répond-elle sans baisser les yeux, comme si elle craignait justement de l’apercevoir.
— Ah.
— Génial ! s’exclame-t-elle avec un petit rire jaune.
Dommage... moi qui croyais qu’il pouvait s’agir de l’esprit de Mitsy, le chat tigré dont j’adorais tirer la queue, quand j’avais deux ans ! Un jour, il a disparu et on ne l’a plus jamais revu. Mes grands-parents étaient persuadés qu’il avait servi de repas à un animal sauvage. Quant à moi, je suis sûre qu’il en a eu marre que je le torture ! Je me dirige vers les portes-fenêtres, que j’ouvre en grand. L’air est sec et chaud et le soleil brille dans un ciel parsemé de nuages qui ressemblent à des boules de coton.
— C’est bizarre que je ne puisse pas le voir. Tu sais ce qu’il veut ?
— Il dit qu'il décide qui peut le voir. (Un coup d’œil par terre.) Tu veux quoi ? (Une pause.) C'est ça, ignore-moi !
Elle boit une gorgée de sa bière, les sourcils froncés.
— Alors, pourquoi pas moi ? j’insiste.
L’amoureuse des animaux est vexée ! Hm, oui. C’est pas très sympa ! Jody regarde à nouveau vers le bas, puis hausse les épaules. D’accord... Je commence à me demander si elle ne se paie pas ma tête. Ou si elle n’a pas perdu la sienne, plutôt !
— Bon, allons-y, dis-je en mettant le pied dehors.
Jody m’emboîte le pas et nous traversons l’immense jardin derrière la maison. J’observe le paysage en réfléchissant où nous pourrions nous rendre. Dans la forêt, à notre gauche ? Non... Je crois que j’ai une meilleure idée. J’entraîne Jody vers la colline qui nous fait face. Les herbes hautes me fouettent les jambes et je jette un regard par-dessus mon épaule pour vérifier que la citadine s’en sort. Ok, ça a l’air d’aller ! Elle ne porte pas les chaussures idéales pour faire de la randonnée mais au moins, leur hauteur la protège de la végétation sèche et rugueuse. Ah, non. Je retire ce que j’ai dit, en fait. Elle a failli renverser sa bière ! L’ascension se poursuit dans le silence, jusqu’à ce que nous atteignions le sommet, quelques minutes plus tard. Me retournant, je tends le bras vers mon accompagnatrice afin de l’aider à gravir les derniers mètres et à franchir le tronc d’arbre qui lui barre le chemin. Attrapant ma main, elle se hisse à ma hauteur. Et je la laisse découvrir la vue qui nous est offerte : d’ici, nous apercevons les maisonnettes du village, des commerces, une église, un grand parc et des champs à perte de vue. Le soleil est encore haut mais quand la nuit tombera, il se couchera derrière les montagnes grises à l’horizon.
— Je venais souvent ici, les soirs d’été, quand j’étais gosse, dis-je, à bout de souffle.
Un air impressionné recouvre les traits de la New-Yorkaise.
— C'est haut... Mais ça vaut le coup.
— Oui. J’aurais peut-être d’abord dû te demander si t’as le vertige, fais-je remarquer, pince-sans-rire.
— Y a que des tours, chez moi... Ç'aurait été compliqué.
Pas faux ! J’esquisse un sourire, puis m’assois en tailleur dans l’herbe. Je défais mon chignon, me massant l’arrière du crâne en même temps avant de passer une main dans mes longs cheveux bruns. Plissant les yeux, je me perds dans la contemplation du panorama en arrachant des petites fleurs du bout des doigts. Jody prend place à ma gauche et allonge les jambes devant elle en soupirant. Un grondement s’élève et je ne réalise qu’il s’agit de son estomac que lorsqu’elle pose la main dessus.
— On aurait dû emmener un pique-nique...
Je me rends compte que je meurs de faim, moi aussi.
— On ira manger, tout à l’heure. Histoire de prendre des forces avant... ce soir.
Quoi, il fallait bien aborder le sujet d’une manière ou d’une autre, non ?

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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Mar 4 Avr - 0:10

Je pose un regard perplexe sur Savannah. Prendre des forces... avant ce soir... C’est très tendancieux ou je me trompe ?
Tu vois le mal partout.
Ta gueule, minet. Il me tourne le dos et roule des hanche jusqu’à ce qu’il se trouve une place devant mes pieds.
— Le cercle de femmes ? me rappelle-t-elle.
— Oh. Bien sûr.
Je hausse les sourcils en détournant mon attention sur le paysage.
— Je sais que tu as probablement autant envie de t'y rendre que de rester une nuit de plus ici, mais j'ai l'impression qu'il faut qu'on y aille.
Je lâche un petit soupir.
— De toute façon, j’ai pas le choix, il me semble.
En effet.
— Vois le côté positif : t'es vraiment une médium, en fait !
Je la fixe, incrédule. Elle est sérieuse, là ?
— Tu crois qu’il va me pousser une conscience, aussi ?
Enfin tu t’intéresses à moi !
J’observe à nouveau sur le matou, qui se redresse pour s’asseoir face à moi.
— T’es quoi, au juste ?
Ton familier.
Évidemment. Suis-je bête ? Je regarde à nouveau Savannah.
— Ça te dit quelque chose « un familier » ?
Elle réfléchit un instant avant de suggérer :
— C'est pas un genre de créature qui te suit et qui t'apporte de l'aide quand t'en as besoin ?
Coup d’œil au minet. Il cligne des yeux.
— Ça veut dire quoi ?
Oui, c’est ça.
— Super. Et pourquoi t’es venu, exactement ?
Vois les choses en face, Jody. Tu n’es pas en position de refuser ma patte tendue.
— Il a de l’humour, en plus ! je commente pour Savannah, qui me fixe avec des yeux ronds. Tu me fais passer pour une folle, t’es fier de toi ?
Tu n’as qu’à t’adresser à moi par la pensée, comme dans ce taxi qui accepte les chiens...
C’est vrai que c’est beaucoup plus naturel... Ma copine de vacances demande alors :
— Et il s'appelle comment, ce mystérieux invité ? (Après quoi elle ajoute plus doucement.) Qui s'est invité tout seul.
Les invocations, c’est très vintage. Je m’appelle Comète.
J’éclate de rire.
— Sérieux, « Comète » ? T’as le nom d’un des rennes du Père Noël ?!
Me demandez pas comment je sais ça. J’arrive pas à m’arrêter de rire alors que le chat me sonde de ses yeux perçants. Les larmes me montent aux yeux ; ce que ça peut faire du bien ! Enfin, je relâche un peu la pression !
Tu vois que je suis là pour ton bien...
Ok, un point pour le minet. Je parviens à me calmer, mais un sourire reste suspendu à mes lèvres. Savannah sourit elle aussi, même si la moitié lui échappe.
— Je commence vraiment à être jalouse, là...
Elle sursaute tout à coup et nous éclabousse légèrement avec sa bière, ce qui me fait rire à nouveau.
— Bon sang de bordel de... chat !
Bonjour à toi aussi. Ce que les humaines peuvent être malpolies...
Une main sur son cœur, elle essaie de calmer son rythme cardiaque avant de la tendre vers lui. Mais évidemment, ses doigts passent au travers sans toucher son pelage.
Tu peux m’entendre et me voir si je le désire, mais seule Jody peut me toucher.
Je ricane en portant ma bière à mes lèvres, jetant un regard à Savannah :
— Ils finissent tous par dire ça.
Je bois un peu en lui adressant un clin d’œil. Elle contient son rire, visiblement un peu gênée – je rêve –, puis reprend le fil de la conversation.
— Pourquoi est-ce que tu nous suis ?
C’est elle, que je suis. Je suis censé la remettre sur le droit chemin – et autant dire qu’il y a du boulot... Mais revenons-en à nos moutons.
Il se relève pour s’installer plus près de nous, à droite de mes mollets.
Le cercle de femmes vous aidera à y voir plus clair.
Son regard oscille entre Savannah et moi, comme un prof qui chercherait à convaincre ses élèves de ne pas sécher son cours du soir. On échange un regard, puis elle rétorque :
— On était justement en train d'en parler... avant que tu ne nous interrompes.
Vous ne savez pas ce qui vous attend, et je comprends que ça puisse vous effrayer, mais je vous interdis de fuir. Je vous retrouverai là-bas, ce soir.
Et il s’évanouit dans la nature, au sens propre comme au figuré.
— Il fait ça tout le temps ! je déclare comme si je l’avais effectivement adopté.
Savannah fixe l’endroit où il a disparu, puis pose les yeux sur moi.
— En fait... J'retire ce que j'ai dit. T'es pas une médium... t'es officiellement une sorcière !
Je manque de m’étouffer avec ma bière.
— Pardon ?!
— Bientôt, tu vas te retrouver à faire des potions magiques et à te déplacer avec un balai, se moque-t-elle.
Je secoue la tête, toujours à côté de la plaque.
— Pourquoi je serais une sorcière ?
Posant une main sur mon genou, elle hausse un sourcil.
— Jody. T'entends des voix et y a un chat noir qui te suit. Tu vois pas le rapport ?
Mon regard se noie dans le sien, après quoi je le pose sur les montagnes qui nous font face.
— D’accord... D’accord.
La vérité, c’est que le chat – ok, Comète – a tort ; je ne suis pas effrayée, je suis terrifiée. Savannah émet un petit rire, se foutant encore de moi.
— J’te charrie, mais... On est plus ou moins dans le même bateau.
Je prends une grande bouffée d’oxygène alors qu’elle descend le niveau de sa bouteille. Je l’imite ensuite, réalisant à peine maintenant qu’elle n’est pas au régime H2O... Bien. Si elle commence à se lâcher, on va sans doute mieux s’entendre.

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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Mar 4 Avr - 14:55

Après un rapide repas dans un restaurant familial du coin, Jody et moi sommes retournées à la maison. On a fait un détour par un petit magasin afin d’acheter nos propres bières - oui, la culpabilité a quand même eu raison de moi. Quand on est rentrées, mon grand-père était de retour et m’a proposé de l’aider à faire un peu de jardinage. Comment aurais-je pu refuser ? De toute façon, on a une après-midi à tuer ! Jody s’est installée sur un transat, devant les portes-fenêtres de la cuisine, et a décidé de faire bronzette, chemise remontée sur son ventre grâce à un nœud sous la poitrine. Le soleil tape si fort que j’en ai fait de même avec mon débardeur. Cela fait plusieurs heures qu’on arrache des mauvaises herbes, qu’on taille des buissons et qu’on cueille des cerises au son des Steeldrivers sur la vieille radio de mon grand-père, et je commence un peu à m’inquiéter pour ce dernier, dont le visage rougi par l’effort et la pellicule de sueur sur sa peau m’indiquent qu’il est probablement au bout de ses forces mais ne veut pas l’admettre. Vers 17h, je suggère de faire une pause et il accepte à contrecœur. Il n’a vraiment pas changé, depuis tout ce temps ! Je le soupçonne de vouloir s’occuper l’esprit en permanence pour ne pas trop penser à ma grand-mère, ce que je peux comprendre.
Je lui ai proposé de se joindre à Jody et moi sur la terrasse pour partager une bière mais il a préféré aller faire une petite sieste. Encore une ? Décidément, c’est la fête ! Je vous signale que j’ai 10 ans de sobriété derrière moi... Et le champagne que t’as bu au festival hippique, alors ? Hm, sans commentaire.
— Tu es consciente que tu es en train de cuire au soleil ? je lui demande en lui tendant une bouteille, observant la légère teinte rouge sur sa peau normalement claire.
— J'me concocterai une potion magique pour retrouver mon teint de pêche !
Un petit rire m’échappe. Quand on commence à rire de sa situation, c’est qu’on l’a à moitié acceptée, pas vrai ?
— J’ai une idée, dis-je soudain en avisant le tuyau d’arrosage contre le mur.
Je me lève pour l’attraper et l’allumer, tourne l’embout afin que le jet se transforme en fine pluie, puis je vise le ciel et me rapproche de Jody. La brume rafraîchissante se dépose sur ma peau brûlante et j’émets un gémissement de bonheur en closant les paupières. C’est tout simplement divin. Quoi ? Il faut apprécier les plaisirs simples dans les situations épineuses !
— Est-ce que ton grand-père... est au courant ?
Je rouvre les yeux.
— Hein ?
— Tu sais... Pour ce soir.
Refermant le tuyau, je le raccroche au support contre le mur et m’assois sur le plancher en bois, à gauche de Jody.
— Non. Je lui ai dit qu’on s’était promenées aujourd’hui et qu’on allait sortir ce soir, sans préciser où. Je préfère éviter de lui parler de choses qui risqueraient de le replonger dans ses souvenirs. On a parlé brièvement de ma grand-mère et de ses pratiques, hier soir, pendant le dîner. Il était au courant, mais ça ne l’a jamais vraiment intéressé. Il s’imagine sans doute que ces « cercles de femmes » qu’organisait ma grand-mère consistaient à se retrouver pour faire de la couture ou du tricot !
Jody se redresse sur ses coudes et pousse un soupir mélancolique.
— Quelles douces suppositions...
— Tout ira bien.
Tu le dis pour elle ou pour toi-même... ? Les deux, sans doute.

***

Le reste de la journée est passé bien trop vite à mon goût. Comme mon grand-père a fini par dormir pendant deux heures (c’est ça qu’il appelle « une petite sieste » !), j’ai fait un peu de lecture, piochant des livres dans le grenier. Ma grand-mère a toute une collection de biographies de médiums et de bouquins spirituels en tout genre, ainsi qu’un nombre impressionnants d’ouvrages féministes.
20h40. Après m’être douchée et avoir enfilé une chemise légère bleu roi et un pantalon noir, je rejoins Jody dans sa chambre. Elle s’est changée aussi : jean slim et tunique blanche. On croirait presque qu’on va se rendre à une soirée entre amis. C’est un peu le cas, non ? Moui, j’ai plutôt le sentiment qu’on va se rendre dans l’arène ou un truc du genre. Vous pensez qu’ils font des sacrifices, à ce genre d’événements ? Je chasse vivement cette idée de mon esprit. Depuis quand j’ai des préjugés comme ça ? Depuis que tu as les chocottes !
— Prête ?
— Prête, répond-elle en balançant son portable sur le lit.
Je hoche la tête avec confiance - j’essaie - et nous souhaitons une bonne soirée à mon grand-père, assis devant la télévision avec un plateau-repas, avant de rejoindre la voiture. L’air est chargé d’électricité : d’épais nuages gris rongent le ciel orangé, à l’ouest. Super... On va se taper un orage ! Espérons qu’on arrive à la boutique avant qu’il n’éclate. Heureusement pour nous, le ciel retient toujours son souffle lorsque nous nous garons devant The Crow’s Nest. Jody et moi n’avons échangé aucune parole pendant le trajet de dix minutes. Il est clair qu’on est à peu près dans le même état d’esprit : la peur de l’inconnu nous paralyse. Avisant la pancarte « Fermé » sur la porte, je toque trois fois. Violet vient nous ouvrir, vêtue d’une longue robe... violette.
— Entrez, tout le monde est déjà là.
Génial. Jody me laisse passer devant et je suis Miss Evergreen à travers la boutique qui semble beaucoup plus intimidante que tout à l’heure, éclairée par de nombreuses bougies et un lustre en métal sombre qui ne fait pas bien son boulot. Nous passons dans le couloir à l’arrière, puis dans le salon... vide. Hein ? Où sont les... Violet tire les rideaux et ouvre les portes-fenêtres : j’aperçois alors un jardin, dans lequel se trouvent un groupe de femmes, assises en cercle, sur un grande étoffe rouge foncé posée à même la pelouse. Mon cœur se met à battre la chamade alors qu’une dizaine de paires d’yeux se posent sur moi. Selina, vêtue d’un T-shirt ample et d’une jupe longue à motifs se lève pour nous accueillir. Ses longs cheveux tombent sur sa poitrine de chaque côté.
— Savannah... Bienvenue. Jody, ravie que tu aies décidé de te joindre à nous.
Elle lui adresse un clin d’œil, comme si elle n’en avait jamais douté. L’intéressée se contente de mettre ses mains dans ses poches.
— Comète est là. Tu le vois ? me demande-t-elle à voix basse.
Je passe en revue le petit jardin fleuri et les bosquets mais n’aperçois pas le matou. Je secoue donc la tête négativement. Allez savoir pourquoi il se montre à moi uniquement quand l’envie lui prend ! Les chats sont des animaux bizarres.
— Venez, venez, nous enjoint Selina alors que plusieurs femmes se poussent pour nous laisser de la place.
Jody et moi nous asseyons en tailleur, côte à côte. Au bord du tapis, là où était installée Selina, se trouvent plusieurs objets : un genre de spray avec une étiquette représentant des fleurs, des maracas (je crois), des petites cloches, un tam-tam, une sorte de harpe et des feuilles de sauge. Le centre du cercle est occupé par un genre d’autel comprenant un pentagramme en bois, une coupe en métal, des pierres semi-précieuses, un tarot, une bougie verte, une rouge, une branche, de l’encens et une sorte de dague. Pour en revenir à cette histoire de sacrifice...
— Les filles, je vous présente Savannah, la petite-fille de Ruth.
Les femmes - toutes plus âgées que nous - me saluent avec une déférence qui me met mal à l’aise, comme si j’étais la descendante d’une grande prêtresse, ou quelque chose du genre !
— Et Jody est sa flamme jumelle.
Mes yeux s’ouvrent grands. Elle a dit quoi, là ? Toute cette attention me donne envie d’aller me cacher à l’intérieur et je dois me faire violence pour ne pas céder à la panique et partir en courant. Je capte le regard de Jody, qui a probablement envie d’éclater de rire.

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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Mar 4 Avr - 16:33

Sa flamme jumelle. J’essaie de conserver mon sérieux, et je dois dire que le regard du chat noir braqué sur moi m’y aide. Selina poursuit :
— Comme les filles ne connaissent pas nos pratiques, je vais décrire chaque étape et sa fonction. Pour commencer, nous allons purifier l'air et protéger le cercle des influences négatives.
Ça démarre fort ! Se retournant brièvement vers ses ustensiles de cuisines (entre autres), elle saisit le spray ; elle en vaporise dans ses mains avant de traverser l’assemblée pour nous bénir. Joignant ses mains au-dessus de la tête de Savannah, elle les écarte ensuite pour longer ses épaules et dessiner une sorte de bulle invisible autour d’elle. Elle s’approche ensuite de moi et je m’apprête à m’écarter quand une voix familière feule :
Laisse-toi faire !
Je me fige alors qu’elle répète l’opération – ça pue sent l’eau de Cologne. Elle poursuit avec les autres présentes, et j’en profite pour fusiller Comète du regard. J’ai le droit de me méfier !
Pas de Selina. Écoute et apprends.
— Qu'est-ce que c'est ? demande Savannah.
Alors elle, elle a le droit de poser des questions ?!
Ce n’est pas mon humaine.
Comment ça t...
Agua de Florida. Un mélange d'alcool et de fleurs, de citron, de cannelle et de bergamote. Maintenant, je vous prierais de fermer les yeux.
Toutes s’exécutent, et je joue le jeu en réprimant un soupir. Les pas feutrés de Selina la ramène à sa place où elle prend un nouvel accessoire... Un hochet. Je vais craquer. Elle se met à siffler tout en agitant son jouet, déambulant entre nous. Je mords mes lèvres, espérant que la douleur me dissuade de rire, d’autant plus quand elle s’approche de moi... Un frisson me parcourt, et je me demande si ce n’est pas Comète qui me chatouille – quoique, je n’ai pas essayé de le toucher, j’ignore s’il est palpable.
— Bien, reprend Selina. Vous pouvez rouvrir les yeux.
J’suis pas sûre que ce soit une bonne idée... Je m’exécute quand même et évite tout contact visuel avec quiconque, histoire de ne pas céder à mon fou rire.
— Nos corps, les créatures et les objets autour de nous émettent une vibration. Le son est également une vibration et peut être utilisé pour purifier l'air, nettoyer les chakras – les sept centres d'énergie du corps – et rétablir l’harmonie.
Elle met le feu à des feuilles de sauge, qui sont ligotées attachées entre elles par une ficelle.
— Désormais, nous allons appeler les éléments à se joindre à nous.
La maîtresse de cérémonie se place au centre et prend la dague...
L’Athamé, me corrige Felix.
Si tu veux... et pointe ce truc vers le ciel. Les femmes se prennent par la main, et j’imite le mouvement de groupe ; j’attrape celle de Savannah à ma gauche, puis celle d’une petite femme aux lunettes rondes au bout du nez ; sa main squelettique dégage pourtant une chaleur étrange. Elle se met soudain à réciter une formule, accompagnée de toutes les autres, alors que Selina montre un autre point cardinal à chaque phrase :
— Esprit du Nord, merci de te joindre à nous et de nous accorder le pouvoir de la Terre. Esprit de l'Est, merci de te joindre à nous et de nous accorder le pouvoir de l'Air. Esprit de l'Ouest, merci de te joindre à nous et de nous accorder le pouvoir de l'Eau. Esprit du Sud, merci de te joindre à nous et de nous accorder le pouvoir du Feu.
Un coup de tonnerre éclate, me faisant sursauter et broyer les mains de mes voisines sous la surprise ; je relâche la pression dès que je le réalise. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!

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MessageSujet: Re: Le Nid du Corbeau   Mar 4 Avr - 20:11

La surprise de Jody me fait légèrement sourire (et mal à la main !). Il faut dire que j’attendais que le tonnerre gronde depuis qu’on est sorties de la maison... et il a choisi le moment parfait pour le faire. C’est parfaitement étrange, oui. La cérémonie se passe bien pour le moment ; Selina a toujours son petit poignard dans la main mais je crois avoir compris que ce dernier est plus un symbole qu’un véritable outil. Du moins, je l’espère. Si ça se trouve, elle va vouloir que Jody et moi échangions notre sang ! Un coup d’œil autour de moi m’apprend que personne ne semble perturbé par la tempête imminente. Peut-être même que ça fait partie du binz ?
— Nous allons désormais demander à la Déesse de nous octroyer la Vue. Jody et Savannah, vous possédez déjà ce don, qui vous permet de voir et d’entendre les créatures de l’autre monde qui souhaitent se montrer à vous : fées, elfes, sylphes, anges ou défunts. Cependant, vous ne le contrôlez pas encore.
— Vous ne le possédez pas, vous ? je l’interroge, curieuse.
— Seulement à certaines occasions. En général, j’ai des intuitions et c’est comme cela que je travaille.
— Mais... je n’ai jamais vu d’anges ou de fées, reprends-je en fronçant les sourcils. Seulement des esprits.
— Il y a plusieurs « plans » dans le monde invisible. Des « royaumes » différents, si vous préférez. Et chacun d’entre eux abrite des créatures bien spécifiques. Les fées, par exemple, font partie du royaume du Petit Peuple, régi par le Dieu Pan. C’est lui que nous allons sommer à présent.
— Pourquoi pas celui des esprits ?
Selina et les autres femmes se mettent à rire doucement. Oups... Le rouge me monte aux joues.
— J’apprécie ton enthousiasme, mais, une chose après l’autre. Il faut d’abord que nous nous connections à Mère Nature.
Hmm, ok... Donc, il y a toujours une chance que Grand-Maman se joigne à nous, plus tard. J’acquiesce et me tais, attendant la suite avec impatience. La peur a laissé place à l’excitation. Être ici me rapproche de mon aïeule et de toutes ces choses qu’elle aurait aimé me transmettre elle-même. J’ai l’impression de retrouver peu à peu mes racines, comme si je savais déjà toutes ces choses mais qu’un voile obstruait encore ma mémoire. Selina retourne s’asseoir tandis que Violet prend sa place au milieu du cercle.
— Vi va ouvrir votre Troisième Œil.
Elle tend ensuite le tam-tam à une autre femme du groupe, aux longs cheveux blonds, presque blancs. Celle-ci se met à jouer et les autres participantes ferment les paupières, visiblement habituées à cette étape. Et à nouveau, leurs voix s’élèvent comme une mélopée :
— Dieu Pan, merci de te joindre à nous. Permets-nous de nous relier à ton monde et à nous connecter à Gaïa.
Je m’exécute à mon tour et me concentre sur le rythme régulier du tam-tam, qui résonne dans ma cage thoracique. J’entends Violet bouger, se planter devant moi et toucher mon front, entre mes deux yeux, avec son pouce. C’est tout ? J’ai rien senti ! Elle se déplace à ma gauche, vers Jody. Puis, sa présence s’estompe alors qu’elle s’éloigne pour s’occuper du reste de l’assemblée. J’ai envie de regarder autour de moi pour voir si mon Troisième Œil est bien ouvert mais me retiens de désobéir, de peur de me retrouver face à un gnome farceur et de me mettre à hurler... Allons, un peu de courage !
— Bien, vous pouvez ouvrir les yeux, fait la voix de Violet.


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Le Nid du Corbeau
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