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 La Grande Maison dans la prairie

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Jody Holmes
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MessageSujet: La Grande Maison dans la prairie   Mer 29 Mar - 17:54

Le reste du trajet se passe mieux, sans doute parce qu’on n’aborde plus le sujet épineux qu’est ma vie professionnelle. En même temps, je ne critique pas non plus sa façon d’être... Si, il y aurait à redire ! Déjà, parce qu’elle me juge sans me connaître. Elle n’a aucune idée de ce que je peux recevoir comme mails... Vous vous rappelez de cet homme qui avait égaré sa chienne ?!
Ah, Savannah s’engage sur un chemin de gravier, en direction de... d’une grange, a priori. La route passe derrière la bâtisse rouge et s’arrête devant une maison blanche au toit gris. Pour la campagne, je dois admettre que c’est très charmant – rien à voir avec la Petite Maison dans la prairie. Pour le coup, ça me rassure un peu. Je jette un œil à Savannah qui coupe le contact : elle a l’air tendu comme un string. Je me retiens de lui demander si tout va bien. Faudrait pas que j’aggrave son malaise... Je sais, tant de considérations, ça ne me ressemble pas... Mais j’ai besoin d’elle !
On sort de la voiture et je l’attends avant de me diriger vers l’entrée, replaçant mes lunettes de soleil sur mon nez. Son regard se pose sur tout ce qui nous entoure alors qu’on avance lentement – elle pour se replonger dans ses souvenirs ; moi, pour éviter de me casser la gueule. Pourquoi j’ai mis des talons ? Nous arrivons devant le porche quand Savannah brise le silence, apparemment stressée :
— J'aurais sans doute dû songer à ce que j'allais leur dire...
Wow. Elle est sérieuse, là ? Je croyais que j’étais pas de bons conseils ?
— J’suis sûre que ça viendra tout seul. Inspire profondément !
Oui, méthode de mon psychologue. Mais je n’ai pas besoin de le préciser, pas vrai ? Elle ferme les yeux une seconde avant de s’exécuter, puis appuie le doigt sur la sonnette. Et... Rien. Il se passe strictement rien pendant au moins une éternité trente secondes. Elle a quand même passé un coup de fil avant de venir, non ?! On a fait quatre heures de route ! Je croise les bras alors qu’elle s’apprête à sonner à nouveau, mais des bruits de pas se font entendre à l’intérieur. Je retiens un soupir de soulagement. Puis, un vieil homme finit par ouvrir la porte ; grand, les cheveux courts et blancs, le visage creusé par les années. Il porte un T-shirt et un jean – si j’étais pas avec sa petite-fille, il me prendrait certainement pour une demoiselle perdue. Il nous toise de haut avant de demander :
— Je peux vous aider ?
Ah. Voilà qui complique les choses. Savannah déglutit et le scrute avec espoir.
— C'est moi... Savannah.
L’homme reste silencieux pendant quelques secondes, puis hoche doucement la tête. Il répète en murmurant :
— Savannah... La petite de Sue ?
La concernée rigole et acquiesce.
— Bon sang... Tu m’arrivais même pas ici, la dernière fois que je t’ai vue.
Il marque la taille en posant deux doigts sur sa poitrine. Oh, c’était y a pas si longtemps, alors ! Haha.
— Je sais que je viens à l'improviste, reprend mon accompagnatrice, mais... je n’ai pas trouvé votre numéro de téléphone.
Génial. Donc on a vraiment failli venir pour rien.
— Ta mère est dans le coin ? s’enquiert son grand-père en regardant par-dessus nos épaules.
— Non. Je suis venue avec mon... amie, Jody.
Son regard perçant se pose alors sur moi. J’ai l’impression de passer aux rayons X. Je retire mes lunettes en lui tendant la main.
— Ravie de faire votre connaissance, monsieur.
Il observe ma main plusieurs secondes avant de la serrer, sans rien dire. Son attention dérive à nouveau sur sa petite-fille, après quoi il nous invite à...
— Entrez.
On longe le couloir jusqu’à atteindre la cuisine, tout au bout. La pièce est grande et vieillotte, et donne sur un salon sur la droite, où sont disposés plusieurs canapés et une petite table, ainsi que des étagères recouvertes de livres. Une odeur de poussière et de vieux papier assaille mes narines : j’ai l’impression d’être dans une bibliothèque ! Le mobilier est principalement en bois blanc, et orné de bibelots en tout genre.
Nous rejoignons notre hôte dans la cuisine : charmante, dans les tons brun clair... excepté le frigo vintage, bleu ciel. Clint Eastwood – si, y a un air, j’vous jure – a l’air sonné. Je ne connais pas l’histoire de cette famille, mais revoir Savannah après tant d’années a dû être un sacré choc... Même moi, en la rencontrant, ça m’a fait quelque chose !... Mieux vaut en rire. Papy s’appuie contre le plan de travail.
— Qu’est-ce que je vous sers ? Je n’ai que des bières.
Oh, un rafraîchissement ! J’en salive d’avance :
— Ce sera parfait pour moi !
Savannah hausse les sourcils, mais j’ignore pourquoi elle est surprise ; sa proposition ou ma réaction.
— De l’eau, ça ira, répond-elle à son tour.
Il paraît un peu plus sûr de lui maintenant qu’il s’active, cherchant deux bouteilles dans le réfrigérateur avant de s’occuper de la deuxième commande.
— Alors, qu’est-ce que tu deviens ?
— Euh... Je travaille dans un centre équestre.
Il se retourne brièvement pour sourire.
— Toujours ces chevaux, hein...
Je la vois acquiescer du coin de l’œil.
— Un petit ami ?
— Non.
Revenant vers nous, il lui tend son verre d’eau avant de me donner ma bière, et je le remercie du bout des lèvres pour ne pas les interrompre. On trinquera plus tard. Viens par ici, ma mignonne...
— Et vous êtes ?
Je relève les yeux sur le regard perçant qui me scrute sous des sourcils broussailleux.
— Jody Holmes. Rédactrice pour un journal new-yorkais.
Pourquoi je décline mon identité de la sorte ? On dirait que je le prends pour un flic ! Il nous observe tour à tour en dodelinant de la tête, alors que Savannah balade ses mirettes sur la pièce et ses murs jaunes.
— Cette pièce était bleue, non ?
— On l’a repeinte en 2010. Ta grand-mère voulait quelque chose de plus gai.
Je n’écoute que d’une oreille, histoire de ne pas jouer les indiscrètes... Et peut-être aussi parce que ça m’importe assez peu, finalement.
— D’ailleurs, où est-elle ?
Un court silence s’installe entre Savannah, perdue dans sa contemplation des lieux, et le grand-père qui prend une gorgée de bière sans la quitter du regard.
— Tina est décédée un an plus tard. Crise cardiaque.
Ouch. Je dévie mon attention sur ma compagne de voyage qui, visiblement, n’a pas percuté. Il soutient alors son regard, et elle réalise ce qu’il a dit.
— Oh, lâche-t-elle en s’asseyant sur une chaise, les yeux dans le vague.
— Je suis désolé. Je sais que vous étiez proches, toutes les deux.
Elle ne répond pas, et ça devient vraiment embarrassant. Merde. Le coup est dur à encaisser, et je ne peux absolument rien y faire...
— Mes condoléances. À tous les deux.
Le vieux pose une main sur l'épaule de Savannah et elle tourne la tête vers lui.
— Ruth savait que tu reviendrais, affirme-t-il.
Voilà qui va certainement lui remonter le moral ! Savoir que sa grand-mère attendait son ret... Oh, non. Il faut que j’arrête de penser. Si ça se trouve, Savannah est parfaitement capable d’entendre ce qui me traverse l’esprit, et... Rhaaa, comment on fait pour se taire mentalement ?!
— Comment ça ?
— Elle était persuadée que c’était Sue qui t’empêchait de nous contacter et qu'un jour, tu reviendrais nous voir.
La mâchoire serrées, Savannah répond entre ses dents !
— Elle avait raison. Maman n'a jamais voulu que je vous téléphone ou que je vienne vous rendre visite après votre dernière dispute.
Il hoche doucement la tête.
— Il faut que je te montre quelque chose.
Commençant à se diriger vers la porte, il se tourne au dernier moment pour qu’elle le suive. Attendez, moi aussi ?

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Dernière édition par Jody Holmes le Sam 1 Avr - 14:04, édité 1 fois
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Savannah Lloyd
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MessageSujet: Re: La Grande Maison dans la prairie   Mer 29 Mar - 18:46

Je suis toujours en état de choc. Comme un automate, je me lève de ma chaise et emboîte le pas à mon grand-père. Pourquoi ai-je tant de mal à le reconnaître ? Il a l’air si différent, si sombre... Moi qui m’étais attendue à des retrouvailles joyeuses avec lui et Grand-Maman... Quelque part, je suis toujours cette gosse naïve qui croit que les choses vont se passer pour le mieux. Comme quand ma mère et moi avons déménagé et que je m’imaginais que j’allais revoir mes grands-parents régulièrement. Mais finalement, rien ne se passe jamais comme prévu. Et je n’arrive pas à croire que je sois arrivée trop tard.
— Par ici, m’indique Grand-Papa en montant les escaliers.
Le bois craque sous nos pas et je me rends compte que je ne sais pas si Jody est en train de nous suivre. Jetant un coup d’œil par-dessus mon épaule, je l’aperçois dans l’entrée de la cuisine, visiblement hésitante. Sans réfléchir davantage, je lui adresse un petit signe de la tête afin de l’inviter à nous rejoindre. Après tout, elle ne va quand même pas rester seule dans une maison qu’elle ne connait pas... Comprenant le message, Jody se dirige vers moi à pas feutrés. Nous arrivons à l’étage, qui comporte trois chambres : celle de mes grands-parents, celle qui appartenait à ma mère et l’autre, plus petite, dans laquelle j’ai vécu jusqu’à mes sept ans. Me retrouver face à ces portes en bois me donne un pincement au cœur. Ici, rien n’a changé, sauf que tout me paraît... Beaucoup plus petit. Non pas que ce soit étroit, au contraire, mais quand j’étais enfant, cette maison me paraissait aussi énorme qu’un château !
Je lève les yeux vers le lustre en cristal toujours accroché à quelques mètres au-dessus de nos têtes. Sa présence me rassure bizarrement, même s’il n’est pas aussi brillant et propre que dans mes souvenirs. Les moulures en plâtre qui ornent le plafond sont envahies par des toiles d’araignée dans les coins. Grand-Papa continue son avancée et bientôt, nous arrivons tout au bout du couloir. Une petite lampe en verre se tient là, debout sur un bureau en bois, à côté d’un fauteuil grisâtre - autrefois bleu roi. C’est alors que mon aïeul ouvre un petit tiroir et en sort une clé. Frappée de mutisme depuis son annonce, je suis incapable de prononcer le moindre mot, alors je me contente d’observer ses gestes, lents et précis. Il se tourne sur le côté et je réalise qu’une autre porte se trouve là, au fond du couloir.
Des souvenirs me reviennent en rafale. Grand-Maman m’emmenait souvent avec elle, dans le grenier. Je l’appelais, sa « chambre aux trésors », car elle était remplie de mille et un objets qui semblaient fascinants à la petite fille que j’étais : plantes grimpantes, herbes et substances étranges dans des bocaux en verre, coupes en métal, vieux livres aux pages jaunies et aux titres illisibles... C’est comme si en ouvrant ce tiroir, mon grand-père en avait également déverrouillé un dans mon esprit.
La porte grince quand il l’ouvre et nous entamons à nouveau l’ascension d’une dizaine de marches en bois, plus fines et donc moins bruyantes, cette fois-ci. Ma respiration devient saccadée. Ces odeurs de poussière, de menthe et de sauge réveillent une autre partie de mon cerveau jusque-là endormie.
— Qu’est-ce que tu fais, Grand-Maman ?
— Mme Carmichael a des maux de tête infernaux... je lui prépare une décoction qui devrait l’aider.

Cette pièce à la chaleur accablante, où les rayons du soleil abondaient, est désormais plongée dans l’obscurité. Un « clic » retentit et une lumière blafarde éclaire ce qu’il reste de l’atelier de ma grand-mère : des pots vides, une grande table en bois épais, une petite cuisine sur notre gauche avec lavabo en porcelaine, armoires en verre et étagères. Des bocaux, vides, eux aussi. Une boule est coincée dans ma gorge et malgré mes tentatives, je n’arrive pas à la déloger. Mes pupilles parcourent la pièce avec une curiosité proche de la frénésie. Je veux me souvenir. Des moindres détails. Et surtout, d’elle. Le grenier était non seulement son atelier, mais aussi son bureau, son havre de paix, son coin secret. Si secret que je l’avais complètement enterré dans ma mémoire. Même si elle n’est plus là, il est toujours imprégné de sa présence. Il me semble même sentir son parfum de fleurs, mais peut-être que là, c’est mon imagination qui s’emporte.
Grand-Papa prend la parole, me sortant de ma rêverie :
— Tout ça... t’appartient.
Je suis le mouvement de son bras, qui désigne des boîtes empilées dans un coin de l’immense pièce. Ok... Il veut dire quoi, par-là ?
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ce sont toutes ses affaires. Ses livres, ses journaux, ses bijoux. Ses vêtements aussi, même si je doute que tu en aies l’utilité. Il y a beaucoup de vieilleries... Je ne sais pas pourquoi elle tenait tant à te léguer ses possessions. (Il hausse les épaules.) Quoi qu’il en soit, tu n’es pas obligée de tout prendre.
Je me sens tout à coup submergée. Il faut que je m’asseye. Avisant un tabouret près du mur, je le tire vers moi et m’affale dessus - à croire que mes jambes allaient me lâcher d’une seconde à l’autre. Mes yeux se posent sur Jody, qui se tient debout devant la porte. Et je me rends instantanément compte qu'elle doit être complètement perdue. Je l'emmène dans un autre état pour trouver des réponses et voilà qu'on se retrouve... Dans un grenier remplis de boîtes poussiéreuses. Et dire qu'on a fait presque quatre heures de route pour ça. C'est aberrant.
— Jody, je... J'suis désolée de t'avoir embarquée avec moi.
Oui, c'est tout ce que je trouve à lui dire, là tout de suite. Parce qu'à part m'excuser, je ne vois pas quoi faire d'autre. Surtout que la soirée que j'envisage - à déterrer les vieux trésors de ma grand-mère pour essayer de comprendre qui elle était vraiment et comment elle se servait de ses facultés - n'a probablement aucun intérêt pour elle.

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Jody Holmes
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MessageSujet: Re: La Grande Maison dans la prairie   Sam 1 Avr - 15:59

La voix de Savannah me sort de ma contemplation, et je me prends une claque mentale en la regardant dans les yeux. Elle a l’air complètement atterrée, et je suis certainement la personne la moins bien placée pour la consoler. Je croise les bras en secouant la tête, puis tente un petit :
— T’en fais pas pour moi...
Tu parles d’un réconfort. Je me demande ce que je suis censée faire. La laisser ici avec son grand-père ? Ils ont certainement des tas de choses à se dire... Je devrais peut-être rentrer seule, prendre un taxi jusqu’à l’aéroport et... affronter à nouveau mon enfer toute seule. Mouais. Remarquez, il ne s’est rien passé de bizarre depuis notre départ... C’est peut-être fini ? Et si j’avais juste besoin de quitter la ville, Kennedy, le stress, Kennedy, le travail... et Kennedy ?
— Vous avez prévu de rester combien de temps ?
Le désespoir de Savannah se lit sur ses traits. Elle se passe une main sur le visage avant de répondre :
— Juste le temps d’un week-end. Je voulais... Aborder certains sujets avec Grand-Maman. Est-ce qu’il y a des hôtels ou des auberges dans le coin ?
— Vous pouvez passer la nuit ici, si vous voulez.
Savannah m’interroge du regard. Ah, c’est à moi de trancher ? Si on s’en tient au plan de départ, je n’aurai pas à rentrer en catastrophe pour refaire face à mon colocataire. Et au moins, on aura une chance de trouver des réponses : c’est pas parce que le « malaise » est parti pour le moment qu’il ne va pas pointer à nouveau son nez ! Je me contente de hocher la tête.
— Tu es sûr que ça ne te dérangerait pas...?
— J’ai deux chambre vides qui ne me servent à rien, confirme son grand-père.
— C’est gentil de ta part.
— Je vais vous mettre des draps propres.
Je m’écarte pour le laisser sortir. Tandis que son pas s’éloigne, je m’avance doucement près de ma compagne de voyage, inquiète qu’elle ne s’effondre d’une seconde à l’autre. Et soudain, elle se met à parler, comme pour se redonner contenance :
— Je pense que... qu’on pourrait chercher dans ses affaires, essayer de récolter des indices, à défaut de trouver des réponses...
Donc elle risque bel et bien de fondre en larmes. Pourquoi j’ai laissé ma bière en bas ?
— Quoi, là, tout de suite ? Tu veux pas redescendre une minute ?
Depuis qu’on a monté cet escalier, j’ai l’impression que le poids du souvenir n’a fait qu’empirer.
— Pourquoi faire ? reprend-elle. On n’a pas beaucoup de temps devant nous... (Puis, elle souffle dans un murmure.) Et puis, je sens que je vais devenir folle si je m’occupe pas l’esprit.
Il manquerait plus que ça. Et Savannah s’exécute : elle se dirige vers les fenêtres et tire les rideaux d’un geste brusque. Le soleil inonde à présent la pièce et révèle une poussière voletant tout autour de nous, scintillant dans les rayons. Elle rejoint alors un petit amoncellement de boîtes et se met à les ouvrir une à une. Très bien... Je n’ai aucune idée de ce que nous tentons de trouver, mais commençons.

Une heure plus tard, nous n’avons même pas parcouru un cinquième de la pièce. Peut-être parce que ma nouvelle meilleure amie n’arrive pas à décoller son nez des albums photos de famille... Hem, hem. J’inspecte les étagères, tiroirs, petits tas empilés à même le sol... Mais je ne vois rien d’autre que des bocaux emplis de substances étranges, des vieux livres, des fringues, papiers sans importance et – dernière trouvaille – des recettes de grand-mère. On est vraiment dans un grenier tout ce qu’il y a de plus classique ! Je pousse un soupir et m’apprête à me relever quand j’aperçois une boîte étrange, adossée à un meuble. Non, pas exactement une boîte : une planche. Des caractères semblent gravés dans le bois et, tandis que je m’approche, je crois distinguer les premiers... « HELLO ». J’écarquille les yeux devant ma découverte en l’attrapant à bout de bras. J’y crois pas ! Elle a beau être recouverte d’une épaisse couche de poussière, je reconnais parfaitement la planche Ouija. Je ricane.
— Eh ben ! Elle avait de jolis accessoires, ta grand-mère...
Je me hisse sur mes jambes et toussote en soufflant dessus, me prenant la moitié des saletés dans la tronche. Quand j’ai fait des recherches au sujet de mon métier – parce que, oui, j’en ai fait –, ce support pour la communication avec les esprits revenait sans cesse sur le tapis. Bien sûr, c’est pas mal pour frimer devant les clients ; mais derrière un écran d’ordinateur, je n’en ai absolument pas besoin. Savannah m’accorde un regard avant de s’intéresser vraiment à ma découverte.
— Qu’est-ce que...
Elle s’approche alors que je tourne le devant vers elle.
— Voilà qui va faciliter nos recherches ! je lance, amusée.
— Pas question. Ces trucs-là sont dangereux.
Elle fait un pas en avant pour me prendre mon jouet des mains, mais je l’écarte pour le mettre hors de sa portée.
— Attends, t’es sérieuse ? Tu veux que je croie à tous ces trucs et maintenant que t’as l’occasion de me prouver toutes tes théories, tu te défiles ?
Elle me toise, dans une posture de mère agacée par son môme en plein caprice, et soupire.
— Parce que les voix « dans ta tête » ne t'ont pas suffi ?
J’affronte son regard plusieurs secondes avant de demander :
— Et en quoi c’est dangereux ?
C’est vrai, après tout ; si j’ai vraiment halluciné, cette chose m’a bien fait croire que mon colocataire essayait de me tuer... Qu’est-ce qui peut être pire que ça ?
— Plus tu essaies de te connecter à l’au-delà, et plus l’au-delà s’infiltre dans ta vie. Crois-moi, j’en fais l’expérience depuis des années.
Mh... Ok. Résignée, je lui tends la planche qui soudain émet un petit « clic ». Nos regards convergent alors vers le sol : un minuscule tiroir dissimulé vient de s’ouvrir pour laisser tomber une petite carte. Comme Savannah tient le « téléphone maléfique », je m’accroupis pour attraper l’objet entre mes doigts. Le papier est lisse et les coins intact, comme si on l’avait imprimé et mis là directement, sans plus jamais y toucher. Je lis à haute voix ce qui se trouve dessus :
— Selina Evergreen, clairvoyante, taromancienne, chiromancienne, hypnose, consultation de vies antérieures. Et il y a un numéro de téléphone.
Je me relève et pose furtivement le regard sur la planche que Savannah tient toujours. Les mêmes symboles sont sur les deux : une lune et un soleil dans les coins supérieurs, et un corbeau sur chaque coin inférieur. Je montre la carte à ma mère-poule avant de sourire :
— Génial. Appelons la sorcière !

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Savannah Lloyd
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MessageSujet: Re: La Grande Maison dans la prairie   Sam 1 Avr - 19:34

Je me suis assise à la grande table en bois après que Jody m’a passé la petite carte de visite. Cette dernière a pris place en face de moi et m’observe tandis que je compose le numéro, les mains tremblantes. J'espère probablement trop de cette mystérieuse dame, tout comme j’en espérais trop de cette visite. Cela dit, je ne vois pas quoi faire d’autre. Je m’accroche à chaque possibilité d’en découvrir davantage sur ma grand-mère et ses pratiques, car son absence représente un obstacle majeur dans notre quête. Mais je refuse de croire que les réponses qu’elle aurait pu nous fournir sont perdues à jamais. C’est pourquoi j’enclenche le haut-parleur et colle le téléphone à mon oreille, terrorisée à l’idée que cette voyante soit injoignable ou pire, décédée elle aussi. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine lorsque les longs « bips » réguliers s’achèvent et une voix de jeune femme retentit à l’autre bout du fil :
— Ici The Crow’s Nest, que puis-je pour vous ?
Prise au dépourvu, je bafouille :
— Allô, euh, est-ce que Selina Evergreen est disponible ?
— Vous appelez pour une consultation ?
Ah, une question facile.
— Oui.
— Désolée. Ma mère ne fait plus de consultation depuis quelques années. Je suis sa petite-fille, Violet, et je m’occupe de la boutique.
Un poids m’alourdit soudain la poitrine et j’échange un regard désespéré avec Jody. Cette dernière me montre son poignet et mime du bout des lèvres : « quatre heures ! ». Oui, c’est clair que ce serait dommage qu’on ait fait tout ce chemin pour rien, mais on aurait vraiment besoin d’un miracle, là ! Contente-toi d’insister. Je me redresse légèrement et m’éclaircis la gorge.
— Je pense que nos grand-mères se connaissaient. Ruth Lloyd, ça vous dit quelque chose ?
Silence au bout du fil. Ai-je visé juste ?
— En effet, j’ai déjà entendu ce nom. Mais, je vous ai dit que ma...
— Violet... Est-ce que vous pourriez dire à votre grand-mère que Savannah, la petite-fille de Ruth, voudrait vraiment, vraiment la voir ? Je n’ai pas besoin d’une consultation, juste de lui parler.
Encore quelques secondes d’hésitation. Allez, sois sympa !
— Un instant, je vous prie.
Un nouveau silence, qui me semble assourdissant cette fois-ci. Je me laisse aller contre le dossier de ma chaise. Grand-Maman... aide-nous un peu !
— Ma grand-mère aimerait vous recevoir. Demain, ça vous va ? Vers 13h.
Une note de surprise s’est glissée dans sa voix, comme si elle ne s’attendait pas à ce que son aïeule accepte notre requête. La rouquine lève les yeux au plafond, plus impatiente que jamais. Et je la comprends.
— Ce serait possible un peu plus tôt ? Dans la matinée ?
J’entends Violet échanger avec sa grand-mère - une voix distante et éraillée - avant qu’elle ne me propose :
— 10h30 ?
Une vague de soulagement me submerge et je réponds dans un souffle :
— Parfait. Votre adresse est trouvable sur Internet ?
— Oui, notre site web a toutes les informations.
— Très bien. Alors, à demain.
— À demain !
Je raccroche en soupirant. Je crois bien que j’aurais traqué cette femme si elle n’avait pas accepté de nous recevoir ! Tu commences à me faire peur... Jody me ramène sur terre :
— Ok... Bon. Quelle est la suite du programme ?
C’est bizarre. Je suis tellement habituée à ma solitude que l’idée de partager mon temps libre avec une autre personne m’est complètement étrangère. Si Jody n’était pas là, qu’est-ce que je ferais ? Je passerais sans doute la soirée à déterrer les vieilleries de ma grand-mère. J'emmènerais mon grand-père manger quelque part, ce soir. J’irais dehors, me promener dans la forêt. J’irais au lit tôt, histoire que le temps passe plus vite jusqu’à demain.
— Y en a pas, dis-je en haussant les épaules. Je vais sûrement discuter un peu avec mon grand-père, puis je pensais aller me balader plus tard, mais je comprends si tu veux rester ici et bosser, ou t’occuper toute seule.
Oui, je pars du principe qu’elle a emporté son ordi. Parce que, même si je ne la connais pas tant que ça, ça ne m’étonnerait pas d’elle. Elle hoche la tête, pensive et parcourt le grenier du regard. Ses pupilles s’arrêtent une seconde sur la planche Ouija, qui trône sur la table, puis elle se lève.
— Dans ce cas... Tu peux me montrer ma chambre ?
Je me lève à mon tour, rangeant le portable dans la poche de mon jean.
— Suis-moi.
Nous redescendons les marches et nous retrouvons à nouveau dans le couloir, qui paraît si normal et morne comparé au grenier lumineux et chargé de souvenirs que j’ai l’impression de me réveiller d’une sieste. J’aperçois mon grand-père en train de changer les draps dans ma chambre - du moins, celle dans laquelle je dormais quand j’étais gosse.
— L’autre est prête, m’annonce-t-il lorsqu’il nous aperçoit sur le pas de la porte.
J’emmène donc Jody vers cette dernière - qui appartenait à ma mère - et ouvre la porte. Un rapide coup d’œil m’apprend que rien n’a changé, ici. Les murs sont toujours blancs et les rideaux toujours violets avec des motifs de fleurs.
— Salle de bain privée, dis-je en désignant une porte à l’intérieur de la pièce.
La rousse se contente d’acquiescer en pénétrant dans ses appartements.
— Super... On peut aller chercher nos affaires dans la voiture ? Après, j'te laisse tranquille.
— Bien sûr.
Ni une, ni deux, nous descendons au rez-de-chaussée et sortons brièvement de la maison afin de récupérer nos biens. Allez savoir pourquoi, mais son « j’te laisse tranquille » m’a laissé un goût amer dans la bouche. Pourtant, je devrais être rassurée de ne pas avoir à la divertir pendant notre séjour, pas vrai ? Alors, c’est quoi, cette sensation étrange qui me colle à la peau ? Tu te sens responsable d'elle. Moi ? Ce serait bien la première fois que je me sens responsable d'autre chose qu'un animal... De retour au premier étage, je me pousse pour la laisser entrer dans sa chambre et m’appuie contre le battant, hésitante.
— Ok, euh... Tu me fais signe, si t’as besoin de quoi que ce soit.
Comme si c’était moi, son hôte ! Je me sens coupable, en fait. De l'avoir emmenée, et d’avoir demandé à mon grand-père de nous héberger alors qu’on est arrivées à l’improviste ! C’est elle qui voulait venir, et c'est lui qui a proposé. Hm, pas faux. Jody pose sa petite valise sur le lit avant de me répondre :
— Merci.
Voilà. Tu es congédiée ! La conscience un peu plus tranquille, je fais volte-face pour aller, moi aussi, déposer mes affaires dans ma chambre.

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Dernière édition par Savannah Lloyd le Sam 1 Avr - 22:01, édité 1 fois
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Jody Holmes
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MessageSujet: Re: La Grande Maison dans la prairie   Sam 1 Avr - 22:00

Je ne suis plus très sûre de savoir ce que je fais là. Savannah est sortie avec son grand-père, et évidemment, je ne peux pas lui en vouloir de me laisser. Seule. Dans une maison située au milieu de nulle part... Quoique. Le problème, c’est qu’on est venues pour avoir des réponses de sa grand-mère, et que l’unique personne à pouvoir nous en fournir à présent est une sorcière – voyante... pareil – vendant des planches de Ouija. Franchement, vous auriez confiance, vous ? Laissez tomber. De toute façon, j’ai pas le choix. Je suis exténuée et larguée par toute cette histoire...
Toc, toc.
Je me retourne en un sursaut pour faire face à la porte. Il n’y a personne, j’ai vu la voiture partir, mais elle n’est pas encore revenue... Alors, j’ai rêvé, ou j’ai encore halluciné ? Bon, l’important, c’est de ne pas paniquer. Je suis une grande fille, après tout ! C’est pas un cambrioleur qui va me faire peur – pour peu qu’il soit en vie. Je me redresse dignement et me dirige vers la porte de la chambre à pas feutrés, pour l’ouvrir à la volée. Personne, évidemment. Je souris, me moquant légèrement de ma paranoïa grandissante... quand une ombre noire traverse subitement le couloir, au ras du sol. Je plaque une main sur ma bouche pour étouffer mon cri aigu ; l’autre contre le mur, le temps que je reprenne mon souffle. Ce n’était qu’un chat. Un vulgaire minet, aussi noir que la nuit et aussi traitre que les sourires de Margo. J’aurais dû m’en douter : il y a un chat chez toutes les bonnes sorcières, non ?
Après une bonne douche bien méritée, je retourne à ma chambre, l’esprit plus clair. Et moins désespéré. Nous allons trouver des réponses chez l’ancienne, ça ne fait aucun doute ! Rassurée par ma détermination à voir le verre à moitié plein, je retire la serviette de mes cheveux encore humides et me dirige vers la petite table de nuit. J’attrape mon téléphone pour regarder l’heure... et il se met à sonner dans ma paume. Le choc. Nom de l’appelant, je vous le donne en mille : Kennedy !
— Oui...
— Jody ?! Bon sang, j’ai eu la trouille que...
J’éclate de rire.
— Sans déconner, Ken. Tu m’appelles que maintenant et tu penses que je vais te croire quand tu dis que t’as flippé ?
— Je t’ai laissé une dizaine de messages !
Je me tais. Déjà, parce que je n’ai rien à répondre à cette affirmation – vraie, fausse ? aucune idée –, mais aussi parce que son discours me fatigue. Où est ton sens des priorités, bordel ?
— Tu vas bien ?! s’alarme-t-il.
Ah, le voilà enfin ! Je m’assieds sur le lit, dos à la fenêtre, et croise les jambes.
— À merveille.
— Ha, ha. Laisse-moi en douter. C’était quoi, cette crise, hier soir ?
Ma migraine revient. Dommage, c’était une bonne distraction. Je pose mon regard sur mes ongles avant de lâcher :
— J’ai pas le temps de discuter, alors on verra ça quand je rentre !
— Alors, justement : tu rentres quand ?
Même mon père n’a jamais été aussi lourd.
— Tu seras le premier à en être averti.
— Jody... Je me fais vraiment du souci à ton sujet.
Je fixe une seconde mon reflet sur le miroir qui me fait face. J’ai l’air d’être fatiguée, et à dire vrai, le mot est faible. Je ne comprends rien à ce qu’il se passe... Si Ken s’inquiète, qu’est-ce que je devrais dire ? Un bruit me ramène à la réalité, mais cette fois-ci, j’entends des clés et des bruits de pas dans les escaliers grinçants. Savannah et son grand-père doivent être rentrés.
— T’as pas à t’en faire.
Je passe une main dans mes cheveux ondulés et m’apprête à raccrocher quand je l’entends ajouter :
— Je tiens à toi.
Heu... Ok. Va falloir que je surveille ses consommations.
— Bonne nuit, Kennedy.
Cette fois-ci, je n’attends pas sa réponse. Je pianote l’écran pour couper la conversation et ne vois pas le moindre signe de ses précédents appels. Problème de réseau ou d’honnêteté ? Allez savoir. Je termine de ranger mes affaires et me résous finalement à aller me coucher, vu le peu de sommeil auquel j’ai eu droit ces derniers jours. Du repos me fera le plus grand bien ! Positiv’attitude, j’vous dis !
Me glissant dans les draps frais, je soupire de soulagement. Cette journée est finie. Plus de questions, places aux réponses. Demain est un autre jour, et je suis si paisible que je parviens à m’endormir, parfaitement convaincue qu’un chat est capable de toquer aux portes.

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Dernière édition par Jody Holmes le Sam 1 Avr - 22:55, édité 2 fois
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Savannah Lloyd
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MessageSujet: Re: La Grande Maison dans la prairie   Sam 1 Avr - 22:00

Après être sortie me promener pendant un petit moment - ça m’a fait tellement de bien de marcher sous le soleil et de me vider la tête -, j'ai proposé à Grand-Papa d'aller manger dans un des petits restaus du village : celui où nous allions souvent, quand j'habitais avec eux. J’ai bien évidemment demandé à mon accompagnatrice si elle désirait se joindre à nous, mais celle-ci m’a assuré qu’elle ne voulait pas interférer avec nos retrouvailles. Soit... Moi, à sa place, j’aurais préféré me coltiner un repas de famille plutôt que de rester seule dans une maison de campagne que je ne connais pas ! Et qui est sûrement hantée. Mais non, voyons ! Enfin, j’espère pour elle... Rustique, familial, charmant, Bruce’s Diner me ramène en enfance dès que nous passons la porte. Nous nous installons sur la terrasse, autour d'une table en bois recouverte d'une nappe rouge et blanche. Des villageois saluent mon grand-père au passage - ici, tout le monde connait tout le monde ! Je me force à paraître détendue. Ce serait tellement plus simple, si Grand-Maman était là... Elle avait le don pour mettre les gens à l'aise et faire rire son entourage. Son absence me pèse depuis des années, mais j'ai du mal à réaliser que celle-ci ne sera jamais comblée. Je m'attends presque à la voir débarquer d'une seconde à l'autre, avec sa natte argentée si caractéristique et ses vêtements amples et colorés. Mon grand-père s'éclaircit la gorge en saisissant le menu devant lui. Retour à la réalité.
— Alors... Comment vas-tu, depuis tout ce temps ?
Ha. Joker ! Un grand (et faux) sourire étire mes lèvres, comme souvent quand je suis embarrassée ou m'apprête à mentir.
— Très bien. Mon boulot me plaît, je suis... heureuse.
Waouh. Le mot m'a presque arraché la langue !
— Tu montes encore ?
Mon sourire s'évanouit.
— Non. Pas depuis l'accident.
Ma mère les avait mis au courant, à l'époque, par simple politesse. Cependant, elle leur avait défendu de venir me rendre visite. Bipolaire, ma mère ? Je le crois aussi.
— Je vois.
Je me plonge à mon tour dans le menu, histoire de retarder le sujet de conversation qui me hante depuis toutes ces années. C'est fou comme on peut attendre quelque chose avec impatience pendant une éternité, et quand c'est enfin le moment de se jeter à l'eau, on n'a plus qu'une envie : se cacher dans un coin.
Nous commandons nos plats - entrecôte pour lui et spaghettis pour moi - et échangeons quelques banalités. Je lui demande ce qu'il est arrivé aux animaux de notre ferme - ils ont tous été vendus - et ce qu'il fait de ses journées : de la lecture, du jardinage, du bénévolat dans une autre ferme du village. Il me retourne la question et je lui explique un peu mon rôle à Moon Hill, lui racontant au passage le festival de l’autre jour. Il m’écoute avec attention, m’interrompant de temps à autre pour me demander des détails sur telle ou telle chose. Nos plats finissent par arriver et un silence - paisible, cette fois-ci - s’installe alors qu’on commence à manger.
— Ils n’ont toujours pas changé la recette... je m’extasie en me régalant.
Bon, et tu comptes l’aborder quand, le sujet PRINCIPAL ? C’est vrai... J’avais presque oublié. C’est cela, oui ! Je finis d’avaler ma nourriture, bois une gorgée de ma limonade et plonge mon regard dans... la rondelle de citron qui orne mon verre.
— Je voulais te parler de quelque chose.
Mon grand-père se fige une seconde, levant les yeux vers moi.
— Je t’écoute.
— C’est à propos de... euh, de toi et Grand-Maman. C’est quoi, cette histoire de secte ?
Il m’observe pendant quelques instants avant de se remettre à manger, tout naturellement.
— Une invention de ta mère, qui avait besoin d’une excuse pour t’emmener loin de nous.
— Mais... Pourquoi ?
Là, il se fige à nouveau et boit une gorgée de bière. J’ai touché une corde sensible, on dirait.
— Ta mère et ta grand-mère étaient très différentes. Tu sais qu’elles ne se sont jamais entendues.
— De là à me faire croire que vous faisiez partie d’une secte...
Je relève le regard vers lui d’un air interrogateur.
— Ruth avait des capacités hors du commun. Et ça faisait peur à ta mère. Surtout parce que Ruth était persuadée que tu étais comme elle.
Je déglutis et me noie à nouveau dans la contemplation de ma boisson.
— Et toi... Quel était ton avis là-dessus ?
Il tourne la tête sur le côté et pose les coudes sur la table, perdu dans ses pensées.
— Ruth a été franche avec moi dès le début. Elle ne m’a jamais rien caché, ou imposé. Je n’étais ni sceptique, ni vraiment intéressé par le sujet. Je l’acceptais telle qu’elle était.
J’acquiesce en silence, fascinée par ses propos.
— Et tu savais en quoi consistaient ses réunions ? Ses pratiques ?
— Les gens venaient la voir quand ils avaient des problèmes de santé - physiques ou mentaux. Elle ne se prétendait pas médecin, mais elle savait intuitivement quelles plantes utiliser pour soulager quels maux. Quant à ses réunions... Elle appelait ça des « cercles de femmes ». Et comme tu peux t’en douter, je n’étais pas autorisé à m’y joindre ou à y assister.
— Et ça ne t’intriguait pas ? je m’exclame, incrédule.
— Comme je te l’ai dit, j’avais d’autres intérêts. J’étais occupé avec la ferme. Ruth faisait ce qu’elle voulait de son côté.
Hmm... Alors, il ne sait pas exactement en quoi consistaient ces « cercles ». Peut-être que Selina pourra m’éclairer sur ce sujet.
— Elle... (Je m’apprête à dire « avait raison pour moi » mais me rétracte au dernier moment.) ... Me manque beaucoup.
M’observant toujours avec intensité, il hoche doucement la tête.
— Tu lui manquais aussi. Énormément. Tu lui ressembles beaucoup, tu sais.
Ce compliment - car c’en est un - me fait baisser la tête et rougir. Embarrassée, je dévie la conversation vers un sujet plus banal et le diner se poursuit dans la légèreté, bien que mon cœur soit alourdi par la tristesse et la nostalgie. Il est près de 21h lorsque nous rentrons à la maison. La porte de Jody est fermée et un rai de lumière filtre sous la porte. Je l’entends discuter - au téléphone, sûrement. À moins qu’elle n’ait décidé de faire la conversation à un de nos amis invisibles. Épuisée, je vais me coucher après avoir pris une douche rapide. C’est tellement étrange de me retrouver ici que je crois que mon cerveau s’est mis « en veille » et qu’il me faut une bonne nuit de sommeil pour tout assimiler. L’odeur si familière des draps s’insinue dans mes narines et m’emplit d’une sensation de bien-être et de sécurité que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps. Fermant les paupières, je laisse le chant des cigales me bercer jusqu’à ce que le sommeil m’emporte.

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